La période française
La colonisation
En 1858, les Français prennent la baie de Da Nang (francisé en Tourane) à un Viêt Nam qui connaît sa forme actuelle. En 1883 la France annexe le Viêt Nam à son empire colonial. La Cochinchine au sud devient colonie française, ainsi que les villes de Hanoï, Haiphong et Tourane. Le reste du territoire, Tonkin au nord, Annam au centre, reste en principe sous l'autorité directe des empereurs Nguy?n au sein d'un protectorat. Le Viêt Nam fait désormais partie de l'Union indochinoise qui comprend également les Royaumes du Laos et du Cambodge actuels.
* « […] le contact le plus durable entre le Viêt Nam et l’Europe, l’archéologie de « Oc Eo » dans la région de An Giang a montré des contacts commerciaux plus anciens avec le monde romain, commença en 1535 avec le débarquement à Faïfo du Capitaine portugais, Duc d’Albuquerque, Antonia da Faria, et l’établissement qui en résulta de comptoirs rivaux portugais et hollandais. D’autre part, des missionnaires catholiques romains étaient venus sans doute avant da Faria ; mais ce n’est qu'en 1651 qu’une mission catholique romaine permanente fut installée au Viêt Nam. […] Cependant, c’est à un prêtre jésuite français que l’on doit le catholicisme romain au Viêt Nam et son ancrage culturel, au-delà de l’aspect religieux des rituels magiques. Autrement dit, ce n’est pas seulement en tant que religion, mais également en tant que facteur de civilisation (Paul Mus, p. 85, 1952). […] Arrivé au Viêt Nam en 1626, à l’âge de 36 ans, Alexandre de Rhodes entreprit d’unifier diverses transcriptions de la langue vietnamienne faites par ses prédécesseurs, en un alphabet latin cohérent accompagné d’accents toniques et de signes diacritiques »[3].
* « […] Le deuxième prêtre catholique romain à avoir pris place sur les autels des ancêtres au Viêt Nam fut Mgr Pierre Joseph Georges Pigneau de Behaine, Évêque d’Adran, qui a épousé la cause du jeune prince Nguyên Anh, alors âgé de 16 ans, qui errait en fugitif dans son pays ancestral. Nguyên Anh fut obligé de s’exiler au Siam (devenu Thaïlande en 1939) et Mgr Pigneau ne désespéra pas pour autant : il se rendit en France en 1787 (une France dont la banqueroute financière et morale allait déclencher deux ans plus tard la ‘Révolution’), avec l’ultime espoir de rassembler une armée pour sauver sa ‘seconde patrie bien-aimée’. Ce fut un échec. Néanmoins, il réussit à recruter 300 aventuriers français dans les comptoirs français de l’Inde. Avec quelques pièces d’artillerie et deux bateaux, l’expédition se mit en route le 19 juin 1789, à moins d’un mois du jour de la prise de la bastille, pour le Viêt Nam »[4].
Ce jeune prince Nguyên Anh va devenir l’empereur Gia Long, le fondateur de la dynastie des Nguy?n, grâce à l’appui militaire des Français qui y voyaient une conquête coloniale possible plus tard sous le Second Empire.
Depuis l’arrivée des soldats de l'empereur Napoléon III, les Vietnamiens n’ont cessé de se révolter contre l’emprise coloniale, de Phan Boi Chau à Hô Chi Minh en passant par Ngô ?ình Di?m et l’empereur B?o ??i, chacun selon ses possibilités, à sa manière et sur sa voie. Les résistances vietnamiennes à la colonisation française se sont succédé, des révoltes et jacqueries paysannes à celles des lettrés de Phan Châu Trinh et jusqu'à celle de l'empereur Duy Tan détrôné en 1916 pour patriotisme et exilé à l'île de la Réunion par l'Administration coloniale.
Menés par les « nationalistes » du VNQD? (Vi?t Nam Qu?c Dân ??ng) proche du Guomindang des Chinois nationalistes de Sun Yat-sen, le soulèvement de Vinh et la Mutinerie de Yên Bái le 10 février 1930 ont échoué et ont rempli les bagnes français qui ont transformé en communistes les nationalistes vietnamiens. Dans les années 1920, il faut noter aussi l'importance prise par le caodaïsme (secte politico-religieuse projaponaise) qui disposait d'une milice armée, comme la secte Hoa Hao dans le delta du Mekong des années 1940. Le film français Indochine (film) se rapporte à cette période des années 1920-50 ainsi que le film américain Un Américain bien tranquille d'après un roman de Graham Greene (A quiet American) qui se rapporte au régime de Ngô ?ình Di?m de 1955-1963.
En 1930, le Parti Communiste Indochinois est fondé par Nguyên Sinh Cung, ce dernier se faisant appeler Nguyên Tat Thanh et Nguyên Ai Quôc (Nguyên le Patriote), puis H? chí Minh (lac de sagesse ou lac de lumière), dans les métamorphoses du personnage décrit par Jean Lacouture, du proscrit Nguyên Ai Quoc, considéré comme un des pères fondateurs du Parti communiste français, au Président de la République Démocratique du Viêt Nam.
En 1932, l'empereur B?o ??i, de retour d'exil en France où il faisait ses études, instaure une monarchie constitutionnelle sous protectorat français.
La seconde guerre mondiale
Invasion japonaise de l'Indochine, Combats en Indochine (1945) et Révolution d'Août.
En 1940, l'Empire du Japon envahit l'Indochine française. Un traité franco-japonais de cessez-le-feu est finalement signé, l'Indochine demeurant pour la durée du conflit un lieu de transit pour les soldats japonais. Les forces françaises sont tolérées par l'occupant japonais car elles ne disposent ni d'un armement moderne ni d'un soutien de la métropole, l'État français étant officiellement neutre. Jean Decoux, gouverneur général de l'Indochine nommé par Philippe Pétain, met en place un régime « pétainiste », le chant patriotique Maréchal, nous voilà ! remplaçant de fait La Marseillaise. En 1941, le Parti communiste indochinois crée la ligue Vi?t Minh (Viêt Nam Doc Lap Dong Minh Hôi, soit Ligue pour l'indépendance du Viêt Nam) ou, dont Hô Chi Minh prend la tête.
Au cours de l'année 1942, l'état major américain divise le Viêt Nam en deux zones de combat avec des rattachements opérationnels distincts. C'est cette vision qui prime dans les différentes rencontres entre Staline et Roosevelt sans aucune consultation du gouvernement de la France libre de De Gaulle.
On dit, fait non prouvé, que l'empire colonial français a été partagé entre les deux leaders en deux zones d'influence, répartition seulement écrite à la main sur un brouillon de travail. Ce partage officieux a été rendu effectif à la Libération. En particulier pour le Viêt Nam avec un partage au 17e parallèle en zone d'influence chinoise et anglaise. Une autre preuve d'un accord tacite entre les États-Unis et l'URSS est le soutien concerté à Hô Chi Minh entre l'OSS et le Komintern, lors de ses opérations de guérilla entre 1941 et 1945 entre la Chine et le haut Tonkin. Une famine dont l'origine est mal identifiée fait rage dans le nord : en aidant les populations, le Viêt Minh gagne en popularité.
En 1945, l'administration mise en place par Vichy est toujours en fonctions en Indochine française, à laquelle les Alliés réalisent des bombardements de plus en plus précis. Le 9 mars 1945, craignant une incursion alliée en Indochine, l'occupant japonais réalise un coup de force contre les Français, nettoyant toute l'Indochine française de toute présence administrative et militaire française. Les forces armées françaises sont attaquées par surprise. Les civils et militaires français sont emprisonnés (les femmes et les enfants) ou massacrés (les hommes et les métis eurasiens).
Un chaos politique s'ensuit : le 11 mars, l'empereur, collaborant avec les Japonais, proclame l'indépendance et la réunification du pays. Le 10 août, le Viêt Minh entre en conflit ouvert avec les Japonais. Le 15 août le Japon annonce sa capitulation. A partir du 17 août, le Viêt Minh prend le pouvoir à Hanoï au cours de l'épisode connu sous le nom de « Révolution d'Août ». Le 2 septembre 1945, sur la Place Ba Dinh à Hanoï, H? Chí Minh proclame l'indépendance de la République Démocratique du Viêt Nam, fortement soutenu par l'OSS. L'empereur B?o ??i, ayant abdiqué, devient « conseiller spécial » du premier gouvernement de la République. Les troupes françaises réinvestissent l'Indochine à l'automne, tandis que l'armée de la République de Chine occupe le Tonkin.
Après 1945
En octobre 1945, la France occupe de nouveau le sud du Viêt Nam. En mars 1946, les accords Hô-Sainteny reconnaissent l'indépendance du pays, au sein de l'Indochine française. Mais la proclamation d'indépendance de la Cochinchine, et l'échec de la conférence de Fontainebleau, amènent à la reprise des hostilités. En décembre 1946, la France occupe Hanoï après les négociations d'un « modus vivendi », c'est le début de la guerre d'Indochine avec le bombardement de Haiphong par la marine française. En juin 1948, c’est le traité de la baie d'Halong : l'empereur B?o ??i est reconnu chef de l' État du Viêt Nam unifié et indépendant au sein de l’Union Française (Commonwealth à la française). L'armée française est prêtée à l'empereur pour lutter contre l'expansion communiste.
En 1950, le Viêt Minh a le soutien de L'Union soviétique et de la République populaire de Chine. En octobre 1950, la France subit sa première défaite avec la bataille de la RC 4. Les États-Unis soutiennent la France. Le 7 mai 1954, la France perd la bataille de Diên Biên Phu. Le 21 septembre, Pierre Mendès France signe les accords de Genève avec Pham Van Dong : le pays est coupé en 2 au 17° parallèle de façon temporaire pour le regroupement militaire des forces françaises au sud avant son évacuation complète du Viêt Nam, Cambodge et Laos. Au cours des deux années suivantes, un référendum devra être organisé pour choisir un régime unique au Viêt Nam. La population a cent jours pour choisir entre le régime communiste du Nord et nationaliste du Sud : un million de « Nordistes », pour la plupart catholiques, émigrent au Sud avec leurs curés par paroisses entières sur le thème de « suivre la Vierge partie pour le Sud » pour éviter d'être liquidés par le nouveau pouvoir, qui élimine toute opposition, d'après une intense propagande franco-américaine[5], alors que 100000 « sudistes » de l'Armée populaire vietnamienne rejoignent le Nord, selon les termes des « Accords de Genève » sur le regroupement militaire. La France se retire définitivement de l'Indochine, suivant ces mêmes termes des Accords de Genève. En 1955, l'État du Viêt Nam laisse la place à la République du Viêt Nam (ou Sud du Viêt Nam), qui fait toujours face à la République démocratique du Viêt Nam (ou Nord du Viêt Nam).
De 1953 à 1954, le Nord élimine les classes sociales défavorables à l'édification du communisme. Suite à une réforme agraire « musclée », la révolte paysanne de Ngê-Tinh, à l'automne 1956, passe inaperçue dans les médias occidentaux, occupés par la crise du canal de Suez et l'insurrection de Budapest.








